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Changement climatique

L’augmentation de la température de l’eau de mer en Méditerranée a des conséquences sur les populations végétales et animales marines : les espèces d’affinité méridionale sont favorisées aux dépends des espèces septentrionales.

LA TEMPÉRATURE DE L’EAU DE MER AUGMENTE EN MÉDITERRANÉE
Les services météorologiques du monde entier disposent depuis très longtemps de séries de mesures de la température atmosphérique, mais il n’en va pas de même pour la température de l’eau de mer dont les mesures sont plus récentes. Les longues séries sont nécessaires pour mettre en évidence les tendances générales perturbées par les variabilités saisonnières.

Le réchauffement actuel des eaux de la Méditerranée a été d’abord établi grâce aux données hydrologiques des eaux profondes de Méditerranée nord-occidentale. Entre 1959 et 1989, la température extrêmement stable de ces eaux profondes a augmenté de 0,12°C en 30 ans.

Pour les eaux côtières, jusqu’à une centaine de mètres de profondeur, les mesures ont débuté plus tard en divers points du littoral nord-occidental de la Méditerranée (Estartit sur la côte catalane espagnole, Villefranche-sur-Mer, îles d’Hyères, Marseille). Toutes confirment la même tendance : un réchauffement de l’ordre de 1°C des eaux côtières lors des 30 dernières années.

Bien que le baigneur ait des difficultés à percevoir ce réchauffement de l’eau, il peut noter l’augmentation des anomalies thermiques : hivers plus doux, étés à canicules.

Ces anomalies concernent également les eaux marines et ont des répercutions sur la biodiversité. Les deux principales ont eu lieu en 1999 et en 2003 : il s’agit d’étés particulièrement calmes (absence de vent) et longs.

Habituellement, sur le littoral provençal, la fin de l’été est marqué par des coups de vent nombreux et intenses venant généralement du nord comme le mistral ; ils provoquent le mélange des eaux superficielles chaudes et celles, plus froides, situées sous la thermocline.

En 1999, comme en 2003, la température de l’eau en surface est restée anormalement élevée pendant longtemps et a été à l’origine d’une mortalité massive d’invertébrés benthiques.

CEUX QUI AIMENT… ET CEUX QUI N’AIMENT PAS
Il y a 6 millions d’années, le jeu des mouvements des plaques tectoniques provoque la collision entre la plaque africaine et la plaque eurasienne et entraîne la fermeture de la Méditerranée au niveau de Gibraltar. La Méditerranée s’assèche alors, jusqu’à ce que le seuil de Gibraltar se brise et que les eaux de l’océan Atlantique la remplissent à nouveau.

Les organismes vivants qui peuplent la Méditerranée proviennent logiquement de l’Atlantique. Ils représentent aujourd’hui 50% de la faune marine auxquels il faut ajouter presque 18% d’espèces cosmopolites.

Au cours des millénaires qui ont suivi, certaines espèces se sont différenciées et sont devenues spécifiques de la Méditerranée : on les nomme espèces endémiques, et elles représentent 18% du peuplement.

Toutes ces espèces animales et végétales se sont adaptées ou réparties géographiquement selon leurs affinités vis-à-vis des conditions environnementales et notamment en fonction de la température de l’eau :
- celles qui aiment la chaleur dans le bassin oriental ou le sud du bassin occidental ;
- celles qui préfèrent les eaux plus fraîches dans le nord du bassin occidental ou dans le nord de l’Adriatique ;
- celles pour qui la température n’est pas un facteur déterminant se retrouvent dans l’ensemble de la Méditerranée.

Avec le réchauffement actuel des eaux de la Méditerranée, ces adaptations se déroulent sous nos yeux. Maintenant que la température leur convient, certaines espèces à affinité méridionale étendent leur aire géographique de répartition vers le Nord : girelle paon Thalassoma pavo, baliste Balistes carolinensis, barracuda Sphyraena viridensis ou dorade coryphène Coryphaena hippurus pour les poissons, par exemples. D’autres, comme le mérou Epinephelus marginatus qui étaient déjà présentes trouvent maintenant des conditions suffisantes pour s’y reproduire. A l’inverse, les espèces à affinité septentrionale comme le sprat Sprattus sprattus, bloquées au nord de la Méditerranée, ne peuvent pas trouver d’échappatoire, et leur population diminue.

Cette tropicalisation n’affecte pas uniquement les poissons. Tous les embranchements animaux ou végétaux sont concernés. Ces changements sont souvent discrets et ne sont détectés que par les spécialistes ; cependant, ils peuvent parfois être spectaculaires comme les mortalités massives d’invertébrés, et notamment des gorgones, en 1999 et 2003.

À consulter
Liens

- Site du Laboratoire environnement marin littoral : www.unice.fr

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