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Nacres : populations sous surveillance

Depuis plusieurs années, nos chercheurs recensent et étudient les populations de Pinna nobilis dans les eaux des Embiez et d’espaces protégés : cette surveillance prend aujourd’hui tout son sens, face à l’épisode de mortalité qui touche l’Espagne.

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Port-Cros : deux nacres dans l’herbier de posidonie. Ph. R. Simide

Cet automne, nos chercheurs ont poursuivi le recensement et le suivi des populations de grandes nacres, espèce emblématique et protégée, sur nos côtes méditerranéennes : autour de l’île des Embiez en octobre, dans la réserve naturelle de Scandola en novembre, et dans les eaux du Parc national de Port-Cros en décembre, comme ils le font régulièrement depuis plusieurs années.
Espèce sentinelle, témoin de la bonne santé du milieu, longtemps décimée par les ancres et les collectionneurs, la grande nacre a vu ses populations augmenter à nouveau, particulièrement dans les espaces protégés. Dans la réserve de Scandola par exemple, la densité peut atteindre plus de 20 individus pour cent mètres carrés ! Et le recrutement de juvéniles se fait régulièrement : les capteurs larvaires installés sur trois sites de la réserve au mois de juin ont ainsi permis au Pr Vicente et au Dr Simide de récupérer 18 petites nacres dont la taille moyenne dépasse les 50 mm.

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Scandola : jeune nacre de l’année trouvée sur un capteur larvaire. Ph. R. Simide

Faire face à une nouvelle menace

Mais l’espèce doit aujourd’hui faire face à une nouvelle menace : une mortalité massive touche depuis plus d’un an les côtes espagnoles, elle atteint 100% au sud de Valencia, mais aussi autour des Baléares ! En Espagne, même si la Catalogne semble quant à elle épargnée par le phénomène, tous les laboratoires de biologie marine sont en veille. La mobilisation doit aujourd’hui concerner l’ensemble du bassin méditerranéen. Certaines zones de notre littoral, même si l’on ne dispose pas encore de données vérifiées, seraient également atteintes.
Un parasite du genre haplosporidium introduit par les eaux de ballast de navires marchands et retrouvé dans l’appareil digestif de plusieurs nacres mortes, est à l’origine de l’épidémie, mais l’on manque encore de données sur son mode de propagation. Il semblerait également que la grande nacre soit la seule espèce concernée. La longue acquisition d’informations menée par l’Institut sur les populations prend donc aujourd’hui un sens nouveau, et permettra d’identifier les zones impactées.

Transmettez vos observations

Le Pr Nardo Vicente lance un appel aux plongeurs, individuels, des laboratoires, des associations et des clubs de plongée, pour qu’ils exercent eux aussi une veille sur les populations. Il demande de lui signaler toute mortalité récente. « Quand une nacre est morte depuis longtemps, précise-t-il, elle sert souvent de gite à un poisson ou à un poulpe, et l’intérieur de la coquille est recouvert de nombreuses concrétions. En revanche, si l’animal est moribond la coquille entrouverte ne se referme pas sous la pression des doigts et lorsque la mort est récente l’organisme peut encore être présent dans la coquille. »
Vous pouvez envoyer un message, en précisant le site de plongée et en joignant une photo si vous en avez, à l’adresse e-mail : nardo.vicente@institut-paul-ricard.org

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Scandola : nacre dans la baie de Galeria. Ph. R. Simide