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Introduction d’espèces : voies et moyens

Ses ouvertures sur l’océan Atlantique et la mer Rouge ainsi qu’un trafic maritime intense en provenance de toutes les mers du globe font de la Méditerranée le plus grand réceptacle d’espèces exotiques au monde.

Il est généralement admis que le peuplement initial de la Méditerranée date du Pliocène. De nombreuses espèces n’ont pas évolué ou ont évolué de la même manière dans l’océan Atlantique et en Méditerranée, d’autres se sont petit à petit adaptées aux conditions environnementales méditerranéennes et ont pu donner naissance à de nouvelles espèces dites endémiques.

Depuis cinq millions d’années, l’océan Atlantique et la Méditerranée échangent de l’eau et des organismes vivants par le détroit de Gibraltar. Cette voie naturelle permet l’apport permanent d’espèces différentes du peuplement initial.

Le développement des activités humaines et des échanges commerciaux, notamment par le trafic maritime, a ouvert de nouvelles perspectives de colonisation de la Méditerranée par des espèces exotiques : ouverture du canal de Suez, transport d’organismes sur les coques de navires et dans les eaux de ballast, essor de l’aquaculture et de l’aquariophilie.

En Méditerranée, on recense en moyenne cinq espèces nouvelles chaque mois et le phénomène s’accélère (une espèce par mois en 1995) à cause, entres autres, du réchauffement climatique. 925 espèces exotiques y sont actuellement recensées par le Plan Bleu.

DÉFINITIONS
Espèce exotique, espèce envahissante, espèce introduite, Alien même… Beaucoup de termes désignent une espèce trouvée hors de son aire de répartition connue. L’UICN (Union Internationale pour la conservation de la nature – IUCN en Anglais) a défini la terminologie :

- espèce exotique (non indigène, exogène, étrangère) : espèce, une sous-espèce ou un taxon inférieur présent en dehors de son aire de répartition naturelle (passée ou présente) et de dispersion potentielle (c’est-à-dire en dehors de l’aire de répartition occupée naturellement ou pouvant être occupée sans introduction directe, indirecte, ou par l’intervention de l’homme). Cette définition inclut les parties, gamètes ou propagules de ladite espèce pouvant survivre et ultérieurement se reproduire ;

- espèce exotique envahissante : espèce exotique s’établissant dans des écosystèmes, des habitats naturels ou semi-naturels, et qui constitue un facteur de changement et menace la diversité biologique indigène.

GIBRALTAR : LA VOIE NATURELLE HISTORIQUE
Le détroit de Gibraltar est la principale voie de communication entre la Méditerranée et les autres mers. Profond de 300 m au maximum et large de 14 km à l’endroit le plus étroit, il constitue un goulot d’étranglement pour les eaux de l’Atlantique qui entrent en surface et pour celles de Méditerranée sortant en profondeur. C’est par cette voie naturelle que, de tous temps, les espèces d’origine atlantique ont pénétré et colonisé la Méditerranée.

En concordance avec les périodes glaciaires ou interglaciaires, les migrants venaient du Nord ou du Sud.

Au cours des dernières décennies, l’arrivée d’espèces exotiques de l’océan Atlantique tropical s’est accentuée probablement en raison du réchauffement climatique. Ces nouveaux venus s’installent le long des côtes espagnoles ou maghrébines et restent cantonnés dans le bassin occidental dont les conditions de température et de salinité sont plus proches de celles de leur lieu d’origine que le bassin oriental.

SUEZ : NOUVELLE VOIE ORIENTALE
Œuvre de Ferdinand de Lesseps, entre 1859 et 1869, le percement du canal de Suez, entre les villes de Suez et de Port Saïd, a permis d’établir une voie navigable plus courte entre l’Orient et l’Occident.

Long de 161 km, large de 80 à 150 m, il met en communication les eaux, la faune et la flore de mer Rouge avec celles de Méditerranée. Pourtant, jusqu’en 1960, les eaux douces du Nil qui se déversaient en Méditerranée formaient une sorte de barrière naturelle à la pénétration des organismes en provenance de mer Rouge. Mais depuis la création du barrage d’Assouan - Saad al-Ali en Arabe - en 1960, qui retient les eaux au lac Nasser, cette barrière est devenue inefficace, et la porte est ouverte aux espèces qui viennent de mer Rouge.

En hommage à l’architecte, ces espèces sont qualifiées de lessepsiennes. Elles s’installent d’abord dans le bassin oriental où elles trouvent des conditions environnementales voisines de celles de leur mer d’origine, et beaucoup restent confinées aux côtes de Turquie, du Liban, d’Israël ou d’Égypte.

Leur impact écologique, voire économique, y est très fort : quelques espèces ont remplacé les espèces indigènes et font maintenant partie du paysage sous-marin. Après avoir conquis le bassin oriental, certaines espèces lessepsiennes, comme Siganus luridus ou Fistularia commersoni, ont récemment traversé le détroit siculo-tunisien et ont été trouvées dans le bassin occidental.

LES VOYAGEURS CLANDESTINS
Les bateaux de commerce parcourent les océans du monde. Le trafic maritime permet aux organismes fixés sur les coques des navires ou contenus dans leurs eaux de ballast de gagner de nouvelles contrées, et si le nouvel environnement leur est favorable, de s’y implanter.

Les animaux et végétaux fixés sur les coques des bateaux constituent ce que l’on appelle le fouling ; ils peuvent être accompagnés d’espèces mobiles. Généralement, ces espèces qui ont résisté aux différentes conditions climatiques rencontrées lors de leurs voyages, possèdent une très forte potentialité d’adaptation. Leur première implantation a souvent lieu dans les ports : détachement de quelques individus par frottement lors des manœuvres ou lors du nettoyage de la coque, ponte des organismes fixés ou naufrage.

Pour contrôler leur stabilité et leur assiette, les navires utilisent des citernes appelées ballasts. Lors du chargement ou du déchargement de la cargaison ou pour compenser la consommation du carburant, les ballasts sont remplis ou vidés d’eau de mer. De nombreux organismes peuvent être transportés dans les eaux de ballast : plancton, œufs et larves divers, crustacés, mollusques, poissons, à différents stades de vie... Lors des opérations de déballastage, ils sont rejetés et certains d’entre eux trouvent des conditions favorables à leur implantation dans un nouvel environnement.

AQUACULTURE, PÊCHE ET AQUARIOPHILIE
L’aquaculture et, à un degré moindre en Méditerranée, la pêche sont des vecteurs potentiels d’espèces exotiques de façon volontaire ou accidentelle.

L’importation délibérée de poissons, de crustacés ou de mollusques originaires d’une autre partie du monde pour les besoins de l’aquaculture est la source d’introduction d’espèces non indigènes : évasion des animaux des cages ou des parcs, reproduction et essaimage des œufs et des larves.

L’autre source d’introduction d’espèces non indigènes est la libération accidentelle d’espèces associées à celles importées pour l’aquaculture ou la consommation humaine : libération, directe ou par l’intermédiaire des œufs et des larves, dans l’eau d’organismes liés aux animaux en élevage (espèces fixées sur les coquilles, parasites internes ou externes) ou au matériel (espèces fixées sur les bacs de transport, nasses, flotteurs…).

L’engouement pour l’aquariophilie et le développement des aquariums publics sont relativement récents et en pleine expansion. Les espèces exotiques, souvent plus colorées et attrayantes, sont très prisées par le public. La libération intentionnelle ou accidentelle des animaux, des végétaux ou des organismes associés se fait de façon directe ou indirecte par les réseaux d’égouts.

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