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La genèse

1963
LA COLÈRE ET L’ACTION

Dans les années 1960, La plupart des villes du littoral méditerranéen rejettent directement leurs eaux d’égout à la mer. Seuls quelques écologistes avant l’heure mesurent l’ampleur et les dangers de la pollution marine. Parmi eux, Paul Ricard s’insurge contre un projet de rejets de résidus du traitement de la bauxite (boues rouges), au large de Cassis (Bouches-du Rhône).
Une vaste croisade antipollution se développe. « N’agacez pas, n’empoisonnez, n’emmerdez pas la mer, elle est capable de se venger. Et si vous continuez à tourner la Terre en dérision, un beau jour, elle vous éclatera de rire au nez », écrit le poète Jacques Prévert. C’est « un suicide collectif prémédité » clame Alain Bombard encore tout auréolé de sa traversée de l’Atlantique en naufragé volontaire.

› Portrait d’Alain Bombard

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Une véritable croisade contre la pollution marine est à l’origine de la création de l’Institut océanographique Paul Ricard.

1966
CRÉATION DE L’OBSERVATOIRE DE LA MER

Les protestations contre le projet de rejet de boues rouges à Cassis s’amplifient et parviennent jusque dans la capitale. Défilés et campagnes de presse se succèdent ; une affiche est éditée : « Non, La Grande Bleue ne doit pas devenir la mer Rouge. »
Malgré cette mobilisation, le projet est finalement reconnu d’utilité publique et se réalise, des analyses ayant attesté que les résidus industriels déversés en mer n’étaient pas toxiques.
Pour Paul Ricard, le combat contre la pollution n’est pas pour autant perdu. En 1966, il donne une nouvelle impulsion à son action en créant avec Alain Bombard l’Observatoire de la Mer sur l’île des Embiez (Var). Sa mission : connaître et protéger la mer.
Paul Ricard charge Alain Bombard d’animer un laboratoire d’étude et de surveillance des pollutions marines.
Des salles de microbiologie, d’océanographie et de zoologie sont équipées en 1968. Le commandant Philippe Tailliez et le Pr Jacques Chouteau, de la Faculté des sciences de Marseille, apportent leur soutien aux premiers travaux.
Une collaboration s’instaure avec la Compagnie générale transatlantique sur l’acclimatation de crevettes japonaises ; des contacts fructueux sont établis avec les milieux japonais de l’aquaculture.
Des actions d’information sont également engagées : conférences, participation à des colloques internationaux…
En 1972, le Pr Chouteau prend la présidence du comité scientifique, Alain Bombard est nommé délégué général.
L’Observatoire de la Mer existe depuis cinq ans, lorsque Robert Poujade crée le premier ministère français de l’Environnement, alors qualifié de ministère de l’impossible.

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Le Dr Alain Bombard, Henry Guillard, président de l’Observatoire de la Mer, et le Pr Jacques Chouteau (de g. à dr.). // Le volcanologue Haroun Tazieff, Paul Ricard et Alain Bombard au coeur du combat écologique. Bien avant l’heure.

1973
UNE ÉQUIPE DE CHERCHEURS

Nouvelle impulsion : le Pr Chouteau propose la direction des recherches de l’Observatoire de la Mer à Nardo Vicente.
Le jeune maître de conférences et directeur du laboratoire de biologie marine à la Faculté des sciences de Marseille - Saint-Jérôme accepte et forme son équipe. Pluridisciplinaire, elle est d’abord constituée d’Yvan Martin et de Claude Lucain ; puis Pierre Escoubet, Alain Riva et Patrick Lelong viennent les rejoindre (voir photos ci-dessous).
Près de quarante ans plus tard, Nardo Vicente, aujourd’hui professeur émérite de biologie marine, occupe la même fonction, Jean-Luc Bonnefont étant le directeur de la Recherche.

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Yvan Martin, Denise Chabert, Patrick lelong, Nardo Vicente, Alain Riva (de g. à dr.). // Pierre Escoubet.

UNE INFORMATION ENVIRONNEMENTALE AVANT-GARDISTE
Conçu par un aquariologiste de renom, le Dr Rothley, un aquarium public ouvre ses portes au fort Saint-Pierre de l’île des Embiez. Chaque année, 50 000 visiteurs viendront observer une centaine d’espèces de la faune et de la flore de Méditerranée occidentale. Un musée et une bibliothèque complètent les installations. A l’époque, cette réalisation constitue un événement sur la côte méditerranéenne française, car il n’existe alors que deux aquariums publics : l’un à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et l’autre à Monaco.

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Le Dr Rothley et Michèle Preleur, biologiste et première secrétaire de l’Institut. // Alain Bombard commente la visite des aquariums.

JOURNÉES PROPRETÉ DES PLAGES
Aux Embiez, des Journées Propreté des plages sont mises en place avec le concours des enseignants. Une première !
Jusqu’en 1987, des générations de scolaires seront ainsi sensibilisées à la pollution marine en faisant le geste symbolique de ramasser quelques déchets solides sur une plage.

BULLETIN DE L’OBSERVATOIRE DE LA MER
En 1974, paraît le premier numéro du Bulletin de l’Observatoire de la Mer, qui deviendra Océanorama (1986). Cette revue grand public sera une référence de la vulgarisation scientifique. La même année, deux études du Pr. Vicente et du Dr Bombard sont éditées : Les principaux émissaires en Méditerranée ; Les rejets en mer et l’épuration des eaux.

> Rejets en mer et l’épuration des eaux ( 1976)
> Golfe de Fos, impact de la pollution (1976)
> Les principaux émissaires en Méditerranée (1974)

GROUPE PAUL- ÉMILE VICTOR
Alain Bombard est membre du Groupe Paul-Emile Victor pour la défense de l’homme et son environnement. Créé par le célèbre explorateur polaire, ce groupe de réflexion réunit régulièrement aux Embiez Jacqueline Auriol (première femme pilote d’essai en France-1951), le physicien Louis Leprince-Ringuet, le volcanologue Haroun Tazieff, Jacques-Yves Cousteau et le Dr Jacques Debat (photo ci-dessous). Le Pr Vicente est mandaté pour effectuer le premier travail sur la planification écologique en littoral marin, montrant les compatibilités et incompatibilités entre les différents usages.

MALACOLOGIE
Présidé par le Pr. Vicente, le congrès annuel de la Société française de malacologie est organisé à l’Institut, aux Embiez (1976). Il le sera de nouveau en 1983 et 1989.