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« Océan, climat, biodiversité, les voies de la transition »

A l’occasion de l’Assemblée générale de l’Institut le 26 mai, Patricia Ricard a rassemblé sur l’île des Embiez chercheurs, gestionnaires du milieu marin, et responsables d’ONG pour réfléchir ensemble à des solutions d’avenir face aux changements globaux.

Une quinzaine d’intervenants, à l’issue de l’assemblée générale qui se tenait le samedi 26 mai, ont exposé ensemble un certain nombre d’outils à privilégier, de méthodes de travail à mettre en place, de cadres et de réseaux d’échange à créer pour apporter des réponses à la gestion du milieu marin. Face aux changements actuels et à venir, ils ont notamment apporté leur éclairage sur la nécessité d’adopter des solutions basées sur la nature, de multiplier les zones protégées, de modifier les schémas actuels d’aquaculture et de pêche, de miser sur la restauration écologique, de travailler sur la mise en réseau des initiatives, et sur la place des ONG.

Adopter des solutions basées sur la nature

Comme la rappelé Emmanuel Delannoy, de Pikaia - solutions biomimétiques, « la nature, ça fait 3,8 milliards d’années que ça marche ! Sans apport extérieur de matière, et avec le soleil pour seul apport d’énergie externe… » C’est donc bien du côté du biomimétisme qu’il faut aujourd’hui chercher des solutions, et orienter la recherche, comme c’est déjà le cas pour certains programmes menés à l’Institut. Kalina Raskin, du Ceebios (Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis), a quant à elle insisté sur le fait qu"il faut aujourd’hui créer une dynamique autour du biomimétisme à l’échelle nationale, à tous les niveaux et dans tous les domaines. Notre mission au Ceebios, a-t-elle expliqué, est de fédérer des acteurs et de leur donner des outils pour travailler ensemble. »

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Autour de Patricia Ricard, Mehdi Alaoui Mdaghri, Chloë Webster, Simon Bernard, et Antidia Citores. (Ph. C. Frasson)

Multiplier les aires marines protégées

A l’horizon 2020, l’objectif international annoncé est de parvenir à un statut de protection de 10% des mers du monde. Et si les degrés de protection diffèrent, de même que les appellations, et si chaque AMP reste un cas particulier, leur intérêt en matière de protection du milieu et de maintien de la biodiversité ne peut être remis en cause. Et Chloë Webster, responsable scientifique pour le réseau MedPAN, a rappelé que « si les aires marines protégées ne sont pas créées pour lutter contre le changement climatique, elles peuvent néanmoins jouer un rôle : elles sont des observatoires, et pourraient apporter une certaine résilience. Elles peuvent également aider à lutter contre l’érosion, et jouer un rôle dans la séquestration du carbone…

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De gauche à droite, Emmanuel Delannoy, Gilles Lecaillon, Patricia Ricard, Thierry Vandevelde, et Claire Lemoine. (Ph. S. Couvray)

Miser sur une aquaculture durable et une nouvelle façon de pêcher

Pêche et aquaculture, à l’heure où la ressource s’épuise tandis que les besoins augmentent, sont également aujourd’hui au centre des préoccupations. Des méthodes et des solutions nouvelles doivent être mises en place : par exemple, le développement de l’AMTI, l’aquaculture multitrophique intégrée sur laquelle les chercheurs de l’Institut ont commencé à travailler ; ou encore la recherche sur l’alimentation des poissons d’élevage « sans peser sur la ressource naturelle », comme l’a expliqué Christian Decugis, président de l’APAM - Association pour la Pêche et les Activités Maritimes Durables. Dans ce but, une convention a d’ailleurs été signée samedi à l’issue de l’Assemblée générale par Patricia Ricard, Christian Decugis, et Philippe Stefanini, du CNRS, pour travailler ensemble sur un projet de nouvel aliment à base de farine d’insectes.

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Signature d’une convention entre Patricia Ricard, Philippe Stefanini et Christian Degugis. (Ph. C. Bertin)

Privilégier la restauration écologique

La restauration écologique a également été au centre des débats. Plusieurs programmes ont été présentés, notamment par le Pr Nardo Vicente et le Dr Sylvain Couvray : SAR-LAB (restauration écologique du site pilote de la lagune du Brusc menée par l’Institut) mais aussi REMORA (suivi des récifs artificiels implantés au Cap Sicié sous la station d’épuration Amphitria), porté par la Fondation Véolia et l’Agence de l’eau mais auquel participe également notre équipe de recherche. Pierre Boissery, de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, a insisté sur l’aspect volontariste de la restauration, qui n’a pas de caractère obligatoire : "C’est un aspect intéressant. Mais il faut aujourd’hui, a-t-il conclu, des outils pour la mettre en place, des connaissances, des moyens financiers, la volonté de le faire, ainsi qu’une règlementation qui autorise à le faire… »

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Autour de Patricia Ricard, Pierre Boissery, de l’Agence de l’eau, et les chercheurs de l’Institut : le Pr Nardo Vicente, le Dr Jean-Luc Bonnefont, et le Dr Sylvain Couvray. (Ph. A. Riva)

Multiplier les réseaux d’échange et faire entendre la voix des ONG

Autre aspect sur lequel les participants ont insisté, la nécessité de multiplier les échanges en utilisant tous les outils à notre disposition, comme l’a souligné Mehdi Alaoui Mdaghri, fondateur du Forum de la Mer au Maroc, en privilégiant l’"importance de la mise en réseau et des communautés", pour partager un maximum d’initiatives, en mer mais aussi sur le littoral. La place des ONG, par exemple Surfrider, dont la représentante Antidia Citores a présenté le programme de labellisation du transport maritime, a également été mise en valeur.

En conclusion, comme l’a souligné Christian Decugis, "Il n’y a pas une seule solution, c’est vraiment l’effort de tous et la multiplication des outils qui permettront d’être efficaces…"