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Réinventer la pêche et l’aquaculture de demain : un dialogue multi-acteurs à l’initiative de l’Institut

A l’occasion de son Assemblée générale le 1er juillet, l’Institut a rassemblé sur l’île des Embiez (Var) des acteurs marocains et français pour réfléchir ensemble à notre modèle de pêche et d’aquaculture en Méditerranée.

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Devant le fort Saint-Pierre, les acteurs de cette journée d’échanges. Ph. F. Spiekermeir

A l’heure où 90 % des stocks de pêche étudiés en Méditerranée sont surexploités, et face à l’impact du changement climatique, il est devenu indispensable de réfléchir au futur de la pêche et de l’aquaculture, en favorisant le partage de bonnes pratiques, notamment entre les rives Nord et Sud. Des chercheurs, parmi lesquels Françoise Gaill, directrice de Recherche au CNRS, coordinatrice scientifique de la Plateforme Océan et Climat, et membre du conseil d’administration de l’Institut océanographique Paul Ricard, et Gilles Boeuf, professeur à l’Université Pierre et Marie Curie et océanologue reconnu, Nardo Vicente, responsable scientifique et délégué général de l’Institut, et Jean-Luc Bonnefont, directeur de la recherche ; plusieurs responsables de la société civile, mais aussi des représentants de la pêche professionnelle ont réfléchi ensemble à des solutions pour demain.

Poser un diagnostic

Première étape de la rencontre scientifique, poser le diagnostic d’un modèle à bout de souffle. L’épuisement des stocks de poisson en Méditerranée est une réalité. Au-delà du problème des quotas de pêche, il semble évident que la pêche plaisancière exerce une pression supplémentaire, qui soulève la question de la responsabilité collective de la ressource. Pour la gérer, il est essentiel d’engager toutes les parties prenantes, et de faire respecter les restrictions réglementaires à tous les niveaux, du producteur au consommateur. Il faut également prendre en compte l’importance des espèces qu’on ne pêche pas, des organismes invisibles ou des écosystèmes qui sont à la base du cycle trophique. Les herbiers de Posidonie, véritables pompes à carbone biologiques insuffisamment pris en compte dans les programmes de l’Agenda climat sur le carbone bleu, et les petits fonds côtiers, véritables nurseries indispensables à la biodiversité méditerranéenne, restent souvent maltraités. Par ailleurs, l’aquaculture moderne, perçue comme une solution à la surpêche, accroît elle aussi la pression exercée sur le milieu car les poissons d’élevage sont nourris avec des poissons capturés en mer. L’IOPR, Institut océanographique Paul Ricard, face à cette réalité, expérimente actuellement des techniques d’aquaculture multitrophique intégrée (AMTI), une nouvelle façon de concevoir la production d’aliments d’origine aquatique, qui tente de reproduire un écosystème naturel en associant l’élevage de différentes espèces complémentaires. Les scientifiques étudient également la possibilité de remplacer les farines de poisson par des farines d’insectes d’élevage.

Faire de la Méditerranée, océan modèle, un berceau de solutions

Considérée comme un hotspot de la biodiversité, la Méditerranée, océan modèle, concentre aujourd’hui toutes les menaces qui pèsent sur les milieux marins. Et il est urgent de mettre en place des solutions : l’effort scientifique est primordial pour réussir, ainsi que le partage de bonnes pratiques. Nassira Rheyati, chargée du Plan d’Action pour la Méditerranée au Secrétariat d’État chargé du Développement durable du Maroc, a rappelé que ce pays est largement impliqué dans les questions de durabilité des mers, océans et littoraux, notamment à travers la refonte du modèle de pêche et d’aquaculture. Lancée par le Maroc à la COP22, l’initiative de la Ceinture bleue, portée par l’Institut National de Recherche Halieutique (INRH) du Maroc, est un ensemble de solutions concrètes, une feuille de route qui cherche à la fois à s’adapter au changement climatique, mais qui contribue aussi à atténuer ses effets. Cette initiative se définit comme un cadre fédérateur favorable à l’émergence d’une économie halieutique sobre en carbone et à faible empreinte écologique sur les écosystèmes marins et côtiers, et au renforcement de la coopération Sud-Sud et Nord-Sud en la matière. Elle a noté également la nécessité de renforcer l’’interface science politique, la recherche scientifique et la gestion des connaissances. . « L’océan est notre futur, a-t-elle rappelé, et nous gagnerions à avancer tous ensemble et nouer le dialogue social : ramener l’être humain vers la mer et la mer vers l’être humain. » Elle a émis le souhait de « rétablir la solidarité vis-à-vis de ce bien commun ».
 Le Maroc participe également à la sensibilisation, notamment à travers le Forum de la Mer d’El Jadida qui se tient chaque année. Mehdi Alaoui Mdaghri, son fondateur, a rappelé qu’il est essentiel de faire prendre conscience que chacune de nos actions a un impact sur l’océan et que nous en sommes tous responsables.

Coopération scientifique

Dans le prolongement du salon Halieutis qui s’est tenu en février dernier à Agadir sur le thème : « Le secteur halieutique - Un enjeu de développement durable», l’Institut National de Recherche Halieutique du Maroc et l’Institut océanographique Paul Ricard souhaitent travailler en synergie pour contribuer à faire de la Méditerranée, océan modèle et creuset des civilisations, un berceau de solutions. Recherche et innovation, comme l’ont rappelé l’équipe de l’Institut océanographique Paul Ricard, sont au cœur des besoins. Un partenariat entre les deux instituts est donc en cours de finalisation pour favoriser l’échange scientifique et mener des recherches communes sur des programmes d’’aquaculture durable et la préservation et restauration écologique. Ils souhaitent aussi développer le partage des d’informations.

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Gilles Boeuf et Nardo Vicente. Ph. F. Spiekermeier

Patricia Ricard, Présidente de l’Institut et porte-parole de la Plateforme Océan et Climat, a ainsi conclu la journée :« Il faut avoir une vision de la mer à 360°, au-delà des frontières, et comprendre que sa préservation est essentielle pour maintenir la vie sur terre. Il faut s’y mettre maintenant, ensemble, et en faisant preuve de bienveillance et d’écoute à l’égard du savoir de l’autre. »

Site internet de l’Institut National de Recherche Halieutique du Maroc :
www.inrh.ma

Site internet de l’Institut océanographique Paul Ricard :
www.institut-paul-ricard.org

Forum de la mer :
http://www.forumdelamer.org