Animal singulier, l'hippocampe se décline néanmoins au pluriel : des dizaines d'espèces ont été recensées et, certainement, bien d'autres restent encore à découvrir.
L'hippocampe est un poisson. Il se démarque toutefois de ce groupe par l'absence de nageoires pelviennes et par la présence d'une queue préhensile en lieu et place de la nageoire caudale.
Sa posture est particulière : la tête fait un angle de 90° avec l'axe du corps, conférant à l'animal son profil de pièce d'échec.
Pour ses déplacements, l'hippocampe a adopté une position verticale. Sa nage est lente et peu efficace contre les courants. Elle est assurée par des ondulations rapides de la nageoire dorsale et, à un degré moindre, par l'action des pectorales, juste en arrière de la tête, qui participent essentiellement à la stabilisation. La queue, représentant environ la moitié de l'animal, est utilisée comme un balancier pendant les phases de déplacement, mais la plupart du temps elle permet simplement à l'hippocampe de se tenir accroché à un support.
La bouche est constituée par un tube plus ou moins long selon les espèces, cet appareil buccal original a d'ailleurs donné son nom à la famille des syngnathes (gr. : sun, ensemble et gnathos, mâchoire).
Les branchies, en arrière des yeux, ont une conformation particulière, également propre à la famille des syngnathidés ; elles s'ouvrent vers l'extérieur par un trou visible au-dessus des opercules.
Enfin, contrairement à celle de la plupart des poissons, la peau de l'hippocampe n'est pas recouverte d'écailles mais de plaques osseuses formant les carènes anguleuses d'une véritable armure.
Un prédateur à temps complet
Les hippocampes sont microphages : leur régime alimentaire est composé de proies minuscules, alevins de poisson ou petits crustacés. La recherche de nourriture occupe une grande partie du temps de l'animal. L'approche d'une proie est lente, l'hippocampe avance tête baissée, suivant des yeux sa victime. Arrivé à bonne portée pour s'en saisir, le mouvement s'accélère : la tête se relève brusquement, et projette en avant la bouche protractile largement ouverte. La proie est littéralement aspirée.
Un mode de reproduction étonnant
Il faut attendre le XIXe siècle pour que le monde scientifique interprète correctement les observations. Entre hermaphrodisme et viviparité, de nombreuses théories erronées ont été soutenues avant d'être démenties. Mais il faut le reconnaître, le sujet est unique, sans équivalent connu alors dans le règne animal.
La femelle dépose sa ponte dans la poche incubatrice du mâle, les ovules y sont fécondés puis conservés jusqu'à l'éclosion.
Durant l'incubation, la paroi de la poche du mâle développe des villosités riches en capillaires qui finissent par isoler chaque œuf fécondé dans une alvéole. Une sorte de placenta, alimentant les embryons en substances nutritives.
Parade nuptiale en Méditerranée
À la fin de l'hiver, dans le bassin de l'étang de Thau, en Méditerranée nord-occidentale, la température de l'eau augmente, les journées ensoleillées s'allongent. Pour les hippocampes, la saison des amours commence.
Parades, courbettes et changements de couleur préludent à la formation des couples, qui resteront unis toute la saison, et dit-on… jusqu'à la mort de l'un des partenaires.
Au cours la parade nuptiale, les hippocampes produisent des cliquetis en secouant leur tête et en faisant "sonner" les plaquettes osseuses de leur corps.
Le mâle arbore pour l'occasion une parure dorée. Près pour l'accouplement, il exhibe sa poche ventrale largement ouverte. La femelle y dépose ses œufs ; la poche du mâle peut en contenir des centaines.
L'incubation dure entre trois et cinq semaines en fonction de la température de l'eau. À son terme, l'hippocampe se laisse tomber sur le fond. Il se tord, se contorsionne en tous sens et relève la queue à intervalles réguliers. Ces mouvements violents entraînent l'ouverture de la poche qui fini par s'entrebâiller. Quelques alevins sortent alors par cet orifice et s'en éloignent en nageant. De nouveaux mouvements de contorsion vont faciliter de nouvelles expulsions qui se succèderont jusqu'à ce que la poche soit vide.
Les nouveau-nés mesurent une dizaine de millimètres ; ils ont déjà la forme adulte, mais leur corps reste transparent. Déséquilibrés, queue par-dessus tête, ces hippocampes miniatures s'accrochent au premier support qu'ils trouvent, le temps d'adopter la posture cavalière propre à l'espèce. Puis ils montent à la surface pour y gober la bulle d'air qui leur permettra de gonfler leur vessie natatoire. Pour ces animaux fragiles, c'est le début d'une vie autonome et pleine de dangers : le taux de mortalité durant les premiers instants de la vie est très élevé. Heureusement, leur croissance est rapide : bientôt leur peau se couvre de pigments et les plaques osseuses commencent à se dessiner. À six ou huit mois ils auront atteint la maturité sexuelle. Le cycle biologique pourra recommencer.
SOS hippocampes
La population mondiale d'hippocampes subit de multiples agressions. Elle est en baisse constante. Des pêcheurs travaillant dans des secteurs tests de cinq pays estiment que le nombre de "chevaux de mer" a diminué de 50% en cinq ans. Une partie des responsabilités repose sur les pratiques de la pêche industrielle : les crevettiers et chalutiers capturent par erreur dans leurs filets des milliers d'hippocampes. Dégradation, voire disparition des habitats naturels (récifs coralliens, mangroves, algues, phanérogames marines des estuaires) constituent un autre facteur de la raréfaction des hippocampes. Plusieurs centaines de milliers de spécimens sont également achetés par des aquariums privés ou publics. Mais, c'est en Asie que les "chevaux de mer" ont une importance économique considérable : les médecins chinois les utilisent séchés dans la préparation de nombreux médicaments ; certains praticiens japonais et coréens agissent de même.
La consommation mondiale d'hippocampes aurait dépassé la barre des vingt millions d'individus par an en 1995 et continuerait à progresser. Les plus gros importateurs sont de très loin la Chine, puis Hong Kong et Taiwan. Les principaux exportateurs sont la Thaïlande, le Viêt-Nam et l'Inde. En tout, une cinquantaine de pays, parmi lesquels la France et les USA, participent à ce commerce.
Pour tenter de préserver les populations d'hippocampes, une équipe canadienne gère des fermes marines aux Philippines. L'objectif des chercheurs est d'aider les pêcheurs locaux à développer un commerce rentable qui ne mette pas en danger la survie de l'espèce. |