Accueil Atolls sous-marins du Cap Corse : quelle origine ?

Atolls sous-marins du Cap Corse : quelle origine ?

Seules constructions coralligènes de ce type connues en Méditerranée, leur formation soulève bien des questions : l’Equipe Ecosystèmes Littoraux de l’Université de Corte présentait fin octobre ses dernières hypothèses.

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Les atolls tels qu’ils apparaissent au sonar © Agence des aires marines protégées /COMEX/Université de Corse

LA MEME FORME QUE DES ATOLLS CORALLIENS

Nous avons tous en tête les images aériennes des atolls coralliens du Pacifique : c’est à peu près ce qu’ont aperçu les chercheurs sur les premières images, imparfaites, livrées par un sonar à balayage latéral. Une découverte faite lors d’une campagne de cartographie menée pour l’Agence des Aires Marines Protégées dans le cadre de Natura 2000 en mer. Et ce qu’ils avaient sous les yeux, des formes arrondies d’environ 25 mètres de diamètre, un peu surélevées au centre et entourées d’un anneau, ne ressemblait à rien de connu dans les fonds marins !

PLUS DE MILLE !

Cette campagne a seulement permis de « découvrir » les premiers atolls disséminés autour d’un mont sous-marin, mais les chercheurs ont ensuite méthodiquement étudié la zone du Cap Corse, avec l’Office de l’Environnement de la Corse et la DREAL, toujours avec le concours des Aires Marines Protégées. Lors des deux campagnes menées en 2013 et 2014, en utilisant à la fois sonars, sondeurs, ROV, mais aussi le sous-marin Remora 2000 de la Comex équipé en photogrammétrie 3D, ils ont découvert plus d’un millier d’atolls, tous situés entre 105 et 130 mètres de profondeur.

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Une mostelle au milieu des gorgones © Agence des aires marines protégées /COMEX/Université de Corse

FORMES QUAND LE NIVEAU DE LA MER ETAIT PLUS BAS ?

A première vue, toutes les formations semblaient identiques. Mais la dernière campagne a changé la donne : certaines ont par exemple une double couronne, d’autres sont effondrées en leur centre. Ces différences pourraient correspondre à des atolls à différents stades d’évolution par rapport aux phénomènes de bio-érosion, ou de bioconstruction. Par ailleurs, la présence de formations coralligènes « fossiles » entre -138 et -140 m de profondeur, avec des rhodolithes vivantes au sommet, pourrait étayer l’hypothèse d’une origine biologique, aujourd’hui privilégiée par l’Equipe Ecosystèmes Littoraux : une formation à une période où le niveau de la mer était beaucoup plus bas, il y a plusieurs milliers d’années. Mais seule une datation d’échantillons permettra ou non de confirmer cette possibilité.

UNE ORIGINE LIEE A L’EMISSION DE GAZ OU DE FLUIDES ?

L’équipe explore bien sûr toutes les pistes. Et se penche aussi sur une possible origine gazeuse, et/ou hydrothermale : la forme des atolls se rapproche d’autres structures circulaires connues ailleurs, qui sont en fait des sortes de « cicatrices » créées par des remontées de gaz ou de fluides. Il faudra bien sûr analyser d’autres échantillons, pour déceler par exemple la présence de composés chimiques qui iraient dans le sens de cette hypothèse. Mais d’ores et déjà, des différences apparaissent : profondeur, substrat, régularité de la répartition des atolls, forme conique de leur noyau visiblement construit par des concrétions sont autant d’éléments qui pourraient remettre en cause cette origine.

UNE NOUVELLE LIMITE POUR LE CORALLIGENE EN MEDITERRANEE OCCIDENTALE

« A 130 mètres de profondeur, précise Christine Pergent-Martini, ces constructions posent quoi qu’il en soit une nouvelle limite pour le coralligène en Méditerranée occidentale ». Certes, la clarté et la chaleur des eaux corses, supérieure à celles du continent, entrent en considération. Mais cela ne suffit pas à expliquer le phénomène. L’équipe a d’ailleurs pu mener des recherches au sud de l’île, sur des sites apparemment similaires et à des profondeurs identiques, pour tenter de trouver le même type de constructions. Rien, les atolls du Cap Corse semblent bien, pour le moment, être les seuls du genre.

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Gorgones Callogorgia © Agence des aires marines protégées /COMEX/Université de Corse

DES ESPECES QUE L’ON TROUVE HABITUELLEMENT BEAUCOUP PLUS PROFOND

Et paradoxalement, certaines espèces observées ne font pas du tout partie des formations coralligènes de la zone circalittorale. « En général, explique Christine Pergent-Martini, on trouve en profondeur des espèces connues dans les étages supérieurs et qui ont pu s’adapter ; là, c’est exactement l’inverse. Certaines, comme les gorgones « Callogorgia », se trouvent en principe au-delà de 2000 mètres de profondeur. » Cet été, lors de la campagne menée avec le sous-marin Remora 2000, quelques échantillons ont pu être récoltés et sont en cours d’analyse. Seule certitude pour l’instant, les espèces présentes, et notamment les espèces concrétionnantes, sont bien vivantes et en phase de croissance.

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Prélèvement d’échantillons © Agence des aires marines protégées /COMEX/Université de Corse

UNE PIERRE DE PLUS AU PROJET DE PARC NATUREL MARIN

« Pour le moment, conclut-elle, nous avons donc plus de questions que de réponses, nous ne savons toujours pas comment se sont formés ces atolls. » Mais cette découverte est sans doute une pierre de plus à apporter à la construction du parc naturel marin du Cap Corse. Le projet est actuellement en phase d’étude, et l’on peut supposer que cette spécificité, à l’heure où la sauvegarde de la biodiversité méditerranéenne est au cœur des préoccupations, est un atout supplémentaire.

Isabelle Croizeau